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L'histoire d'Erquy et de son port:

(Je ne suis pas historien et j'ai préféré recopier certains passages de l'article de Jean-Pierre Le Gal la Salle et Roland Blouin: "Le port d'Erquy au temps des carrières" Chasse-marée n° 82, que je trouve par ailleurs très bien fait.)

Au moyen âge, Erquy apparaît comme un petit bourg de quelques maisons. Quelques fermes ici et là peuplent les environs. A cette époque, ce havre appartient au seigneur de Lamballe. Erquy est également constitué d'un petit port d'importation et d'exportation de denrées agricoles. Les comptes des receveurs nous apprennent ainsi que de 1386 à 1390, une soixantaine de bateaux -"vaisseaux" et "petits vaisseaux"- y entrent chaque année. En 1420, la comtesse de Penthièvre, Margot de Clisson attire le duc Jean V dans un guet-apens, pour s'emparer de sa personne et de son duché. Mais elle échoue. A la suite de cet attentat de Champtoceaux, le port d'Erquy, comme tout le penthièvre est confisqué et "mis dans la main" du duc Jean V. Ce qui se traduit par une augmentation des droits de "coutume" (douane) et de "quélaige" (échouage), une mesure sans doute destinée à financer la construction de la nouvelle chaussée dans le nord de la rade d'Erquy. La présence d'un port abrité par une "chaussée" construite de la main de l'homme, situé au fond de l'anse naturelle d'Erquy et protégé des vents du Sud-ouest par la pointe de la Heussaye, est attesté par un document de 1648 qui fait déjà état d'une "ancienne chaussée" (voir (1) sur la carte des quatre ports d'Erquy) par opposition à la "chaussée neuve" (voir (2) sur la même carte ci-dessous).

Cet ouvrage de pierres assemblées avec un certain soin (2) -aujourd'hui encore visible et à moitié ensablé (voir ci-dessous)- permet un échouage abrité même à marée haute de mortes-eaux. Le port s'éloigne alors du bourg mais se rapproche du village de Tu-es-Roc, peuplé de familles vivant de la pêche et du pacage des vaches sur la Garenne. Au XIVème et au XVème siècles, Erquy est un dynamique centre de cabotage. Les caboteurs y chargent du blé et y déchargent du vin et du sel. Mais les navires d'Erquy peuvent aussi franchir l'océan notamment en raison de l'activité morutière avec Terre-Neuve. De tout cela il résulte qu'au XVIème siècle, le commerce et les bâtiments d'Erquy se livrent à l'activité traditionnelle des autres ports et contrées de la baie de Saint-Brieuc: exportation de blé du Penthièvre vers les ports de l'Atlantique (Nantes, La Rochelle, etc.) et importation de vin et de sel de ces mêmes régions. Certains se livrent aussi au transport des pêcheurs sur les côtes de Terre-Neuve, d'où ils rapportent la morue vers les ports de l'Atlantique, avant de s'en revenir au pays chargés de vin et de sel. Erquy abrite également à cette époque quelques barques pratiquant la pêche côtière.

Au XVIIème siècle, selon les registres de l'amirauté de Saint-Malo -pôle d'attraction des négociants et des marins de la région qui y trouvent des embarquements sur les vaisseaux de la compagnie des Indes et les terre-neuvriers- une trentaine de bateaux d'Erquy entre chaque année à Saint-Malo. La majeur partie de ces bateaux est construite sur place dans les trois chantiers de la chaussée. Au XVIIIème siècle, le blé produit dans l'arrière pays est acheminé principalement vers Saint-Malo -qui en a besoin pour nourrir ses habitants et alimenter ses armements au long cours- mais toujours aussi vers les ports de l'Atlantique. Erquy exporte en plus du bois provenant des forêts de la Hunaudaye et de Coron (merrain, bois de marine, bois de tonnellerie, etc.). Contrairement à Saint-Cast, qui dès cette époque expédie quantité de dalles de schiste vers Saint-Malo, Erquy exporte alors très peu de pavés. Il existe bien déjà quelques carrières superficielles grignotant les affleurements de grés de la Garenne, mais leur activité est encore relativement modeste. De Saint-Malo les marins d'Erquy se procurent des graines de lin de Hollande, des barriques, de la chaux, des fers, des ardoises de Port-Launay, de la bière et des meules de Rouen et des coffres des Terre-Neuvas, etc. On relève aussi quelques cargaisons de noix pour Saint-Brieuc et de tabac pour Morlaix. Cependant, tout comme durant les siècles précédents, les guerres du XVIIIème siècle seront très préjudiciables au commerce entre Erquy et Saint-Malo. Le passage du cap Fréhel est alors très étroitement surveillé par les "Jersyais", qui donnent la chasse à toute voile sortant du chenal d'Erquy. Durant cette période, la fameuse chaussée, qui n'a guère été entretenue depuis sa construction, se dégrade inexorablement. En 1768, dans une requête aux Etats de Bretagne, quinze négociants, capitaines et maîtres de barque expliquent que "si le port était plus sûr, si la chaussée était raccommodée, le nombre des bâtiments de cabotages se multiplieraient". Hélas, c'est le port de Dahouët, bientôt relié à Lamballe par une route construite en 1777, qui est préféré à Erquy. A la veille de la Révolution française, l'activité maritime se maintient tant bien que mal à Erquy. Tout espoir de relance se trouve anéanti par les guerres de la Révolution et de l'Empire.

Petite anecdote, les incursions anglaises telles que le commodore Sydney Smith pousse même l'audace jusqu'à venir incendier le 17 mars 1796 un convoi de bateaux marchands venus se réfugier sous les batteries du Four à Boulets dans le port d'Erquy.

Il faudra attendre l'avènement du roi Louis-Philippe pour que la situation se débloque. A ce moment là, les terres agricoles de l'arrière-pays produisent de plus en plus de blé et en plus la pomme de terre fait son apparition dans les magasins des négociants. Si bien que la construction navale connaît un regain d'activité. Entre 1809 et 1846, trente-quatre bateaux, dont cinq sloups de 25 à 30 tonneaux et cinq bricks de 76 à 80 tonneaux sont ainsi lancés à Erquy. Il est donc urgent d'améliorer les conditions d'acceuil de cette flottille. En 1833, le gouvernement admet donc enfin la création d'un véritable port à Erquy (3). Néanmoins, la conception de cet ouvrage achevé en 1840 va vite s'avérer désastreuse. Le nouveau môle ainsi créé, est mal orienté, trop court et trop haut. De surcroît, ce môle percé d'arcades, afin d'éviter l'ensablement, provoque un ressac insupportable. etc. Sans doute le port d'Erquy aurait-il périclité si la pierre granitique n'était venue le sauver.

Depuis les années 1820, deux entrepreneurs exploitent les carrières de grès rose quartzite, dit "grès d'Erquy". Et vers 1840, ces carrières augmentent leurs activités. En 1848, l'extraction se développe avec l'ouverture de la carrière du Maupas ("le lac bleu"). En 1860, un entrepreneur de travaux publics du Mans, Mr Barrier, prend en main l'exploitation des carrières d'Erquy et réalise des aménagement qui vont désenclaver le port. Il établit, en bordure de falaise, des chemins dotés d'une voie Decauville -voie ferrée de faible largeur- desservant ses cinq carrières. Ce réseau aboutit à un funiculaire qui déverse les matériaux sur un terre-plein situé à la base du môle et où vont être les ateliers de taille des pavés. Désormais, les pavés peuvent être chargés dans le port qui va connaître un regain d'activité. Mais les choses traînent quelque peu et le port continue quand même de se dégrader. Durant l'hiver 1869-1870, une forte tempête éventre le musoir du môle et fait s'écrouler l'extrémité du quai perpendiculaire sur une longueur de 20 mètres. Puis vient ensuite la guerre de 1870 !

Ce dessin réalisé en 1880 par un des premiers estivants d'Erquy est probablement légèrement antérieur à la photographie 5.

 L'augmentation du commerce, notamment l'exportation des pommes de terre et du blé vers l'Angleterre, ainsi que la perspective de l'expansion des carrières rendent impérieuse l'urgence d'une solution. En novembre 1884, un ouragan achève de démolir le quai, mal réparé à la suite de la tempête de 1869. Il ne reste plus de ce quai qu'un moignon entièrement occupé par les bateaux des carrières Barrier. La construction d'un nouveau quai est alors entreprise et terminée en octobre 1887 ainsi qu'une route de 300 mètres de long sur 7 mètres de large menant au port.

En 1890, la société des carrières de l'ouest rachète la société Barrier et fait l'acquisition de toutes les carrières ouvertes sur le cap d'Erquy entre le Noirmont et les Trois pierres. A cette époque, les carrières emploient près d'une centaine d'ouvriers. En 1896, la décision est prise de prolonger la jetée d'Erquy de cent mètres :

Pourtant, alors que l'on croyait les travaux bel et bien terminés, il faudra à nouveau réouvrir le chantier en raison des effets pervers de la nouvelle construction. En effet, en prolongeant le môle on a perturbé le regime des courants. Du coup, le port se désensable et le rocher de la Vèze réapparaît, ce qui rend l'échouage impossible. Il faut alors rapidement dérocter 640 mètres cubes de cailloux, réemployés aussitôt pour l'amélioration de la route d'accès au port.

L'activité des carrières d'Erquy est à son apogée entre 1900 et 1927, puis la production va en s'affaiblissant, victime de la concurrence et d'un manque de mécanisation. Par ailleurs, les sites les plus favorables ont été exploités sans ménagement et l'urbanisation aux abords des carrières de Tu-es-Roc interdit l'extension de celles-ci. De fermetures en fermetures, on aboutit à l'arrêt total de toutes activités au cours des années soixantes.

L'histoire du port d'Erquy ne s'achève pas là. Même si la seconde guerre mondiale marque la fin du commerce des pommes de terre et autres denrées encore chargées dans le port, ainsi que le déclin définitif des carrières, le môle d'Erquy abrite dès lors une vingtaine de bateaux de pêche. A partir des années 50 et 60 se développe en masse la pêche à la praire et la pêche à la coquille Saint-Jacques. Depuis, un second port en eaux profondes a été construit (4). Progressivement pendant le XXème siècle Erquy devient ainsi à la fois un port de pêche et une cité balnéaire. Hôtels, restaurants, cabines de plages, centres de loisirs, maisons secondaires, locations, campings, parcs caravanings, et un cinéma vont se développer au gré des ans dans ce pays de grès roses.

Au premier plan, le premier môle (2), puis au loin le second môle avec son grand phare (3), et enfin tout au fond on distingue le troisième môle avec son petit phare (4).


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